Les pêcheurs sont en général les premiers à témoigner de l’arrivée des baleines. Fin juin, début juillet, elles abordent seules ou par petits groupes de 2 ou 3 individus les eaux clémentes de la Polynésie, annonçant l’arrivée de l’hiver. La houle s’est orientée au sud. La mara’amu, vent froid venu du sud, souffle périodiquement, abaissant sensiblement les températures.
Une fois dans les eaux polynésiennes, les baleines poursuivent leurs déplacements, d’îles en îles. Leur séjour autour de Tahiti et Moorea n’est donc le plus souvent qu’un bref passage. Parfois, elles reviennent... A l’exception des femelles accompagnées de leur petit, rares sont les animaux pouvant être observés plusieurs jours de suite. Les amis pêcheurs ne rapportent que peu d’observations venant du large, comme si toutes les baleines s’étaient donné rendez-vous autour des îles : cela n’a rien d’étonnant : au milieu de l’océan, les îles sont de véritables points de repère, immenses montagnes en plein désert, autour desquelles les baleines peuvent facilement se retrouver.
Au début de la saison, il ne se passe pas grand chose. Les baleines se baladent et se reposent en attendant l’heure des grandes manœuvres. Les observations se limitent à essayer d’identifier et de reconnaître les animaux. Les marques sur le dos, la forme de la dorsale, les dessins tracés sur la partie ventrale de la queue, autant d’indications signalétiques. Eparpillées sur une zone géographique immense, à des kilomètres les unes des autres, plusieurs centaines de baleines vont progressivement occuper le terrain. Seules, ou en petits groupes constitués à l’occasion de brèves rencontres, elles préparent les naissances et les accouplements. Les plus jeunes ne seront que les spectateurs attentifs de ces évènements.
Les juvéniles (moins de 5 ans, âge moyen de la maturité sociale et sexuelle) sont assez souvent seuls, parfois par paires, ou, c’est plus rare, accompagnent encore leur mère (sevrage à l’âge de 6-8 mois en général, séparation à la fin de la première année). Ils sont déjà presque aussi gros que les adultes auxquels ils se joignent volontiers! A 5 ans, ils mesurent aisément une douzaine de mètres. Leur croissance est ensuite beaucoup plus lente, la maturité physique n’étant atteinte que vers 15 ans. Dès que les jeunes mâles auront atteint leur maturité, ils tenteront timidement leurs premières expériences sexuelles.
Les femelles sont les plus gros des individus observés. Adultes, elles mesurent entre 14 et 17 mètres et pèsent jusqu’à 40 tonnes (le poids varie beaucoup en fonction de la saison et de l’état maternel : gestation, allaitement). Elles répugnent à s’associer entre elles : la présence de deux femelles dans un groupe est exceptionnelle. Certaines sont fécondes et vont provoquer l’excitation et l’affrontement des mâles jusqu’à l’accouplement. Il n’est pas impossible qu’une femelle en chaleur subisse les appétences de plusieurs mâles. D’autres terminent leur gestation et s’apprêtent à mettre bas, puis à allaiter. Elles s’isolent, se montrent très discrètes et s’approchent des récifs abrités pour mener à bien la naissance. Elles seront parfois escortées et harcelées par un mâle cherchant à s’accoupler.
Le nombre de mâles est très nettement supérieur au nombre de femelles. Les mâles adultes (13-14 mètres, 25-30 tonnes) sont les plus actifs. Ils se rassemblent en petits groupes compétitifs et se lancent à la conquête des femelles : les affrontements sont spectaculaires et violents. Les concurrents doivent montrer leur force et leur habileté pour séduire et s’accoupler. Ils n’hésiteront d’ailleurs pas à tenter leur chance avec différentes femelles (polygamie), y compris celles qui viennent de mettre bas. Leurs chants envahissent l’océan.
Très tôt dans la saison (dès la fin du mois de juillet), les premiers baleineaux montrent leur « nez », collés aux flancs de leur mère dont ils ne s’éloignent en aucun cas. Farouche, la femelle ne se laisse pas approcher.
D’anecdotiques, les observations vont devenir fréquentes et passionnantes.