Année 2008: une année exceptionnelle!

L'année 200! est une des années les plus riches et les plus variées en termes d'observation, comme vous le verrez en parcourant les lignes qui suivent.

C'est aussi l'année de l'observation des orques, et de l'exceptionnelle observation d'un grand groupe de cachalots qui a choisi le chenal entre Tahiti et Moorea pour y faire la sieste pendant plusieurs heures. D'autres observateurs ont pu passer un moment avec un requin baleine dans le chenal entre Tahiti et Moorea!

27 mai 2008: au retour d'une superbe journée à Tetiaroa, la chance met sur mon chemin un groupe de 6 orques (Epaulard). Pendant quelques minutes, les animaux se sont approchés du bateau et ont nagé comme des fous, ventre vers la surface, sous la coque du bateau qui avançait doucement à une vitesse de 7 noeuds. Le groupe était composé d'un mâle (facilement identifiable par sa grande nageoire dorsale et sa taille, environ 6 à 7m) et par un jeune, bien plus petit. Les autres orques étaient de taille identique (3 à 5 mètres environ). Ma présence a de toute évidence éveillé la curiosité des animaux, sans modifier leur route, plein nord.
Les orques ne sont pas habituellement rencontrées dans les eaux polynésiennes, mais leur présence a déjà été signifiée par d'autres observateurs. Elles fréquentent davantage les eaux froides du globe. Cette rencontre, qui a duré une bonne dizaine de minutes, revêt un caractère exceptionnel! D'autant que la météo s'était jointe à l'évènement pour en faire un instant de pur bonheur.

5 juillet: observation de "ma" première baleine devant Taapuna.

8 juillet: Baleines, baleines, baleines!!! Je n'ai rien vu moi-même, mais il y a toujours une baleine juvénile au repos au sud de Moorea, et un pêcheur m'a indiqué avoir vu une dizaine de baleines ensemble dans le sud de Tahiti. J'ai navigué aujourd'hui le long de la côte ouest de Tahiti, de la Pointe de Faa'a à Maraa sans rien apercevoir.

26 juillet: le nombre de baleines observées augmente de jour en jour... Aujourd'hui, il y avait, au même moment, 3 baleines au large des motu de l'ex Club Med de Moorea, une juvénile plus au large au nord de Moorea, 2 baleines devant Vaiare Moorea, et une autre baleine à Tahiti. Les conditions d'observation n'étaient pas optimales, vent de sud ouest accélérant le long des côtes, houle de sud amplifiée par le vent. Cela n'empêche pas les baleines de se montrer enfin: conquête amoureuse vers le Club Med, une juvénile en vadrouille au nord de Moorea (source: Heifara), 2 baleines (une femelle paraissant énorme, ci-dessous: en gestation?? accompagnée d'une plus petite: juvénile?) devant Vaiare, quasi immobiles, apnées d'une dizaine de minutes, quelques furtives apparitions en surface avant de disparaître à nouveau (observation personnelle). A ces 6 baleines observées autour de Moorea, il faut ajouter la baleine solitaire observée devant Punaauia-Faa'a-Papeete aujourd'hui (source: Vincent/Gwenn). Ce qui fait un total de 7 baleine distinctes. En outre, les plongeurs commencent à entendre des chants.

7 août: premier jour de vacances, et déjà une superbe sortie le long de la côte sud de Moorea. Le beau temps est revenu, ramenant une mer calme, propice à l'observation des baleines. J'ai suivi trés longuement, pendant 4 heures, deux baleines qui nageaient tranquillement de la Pointe Sud vers Haapiti. Petit à petit, les 2 baleines, qui étaient accompanées d'une 3ème baleine à mon arrivée, se sont approchées du bateau et j'ai pu nager un bon moment avec elle, avant d'être dérangé par les whale watcher. Rencontre fascinante, une fois encore, avec ces énormes animaux qui montrent une curiosité certaine à notre approche, à condition de les laisser venir vers nous, sans précipitation. Sur leur route, nos deux baleines se sont laissées bercer par le chant d'un mâle, mais n'ont pas modifié le sens ni la vitesse de leur déplacement (2,5 noeuds). L'une d'entre elles a bondi à deux reprises hors de l'eau. Arrivées devant Haapiti, elles sont entrées brièvement dans le lagon, sous le regard ébahi d'une quinzaine de surfers, avant de poursuivre leur route. C'est là que je les ai laissées. Sur la route du retour, j'ai croisé le chemin d'une énorme baleine qui, venant du large, se rapprochait du récif. Journée magnifique, passée en famille.

Lundi 11 août: Temps encore délicat, vent, mer agitée, houle croisée. La navigation n'est pas de tout repos! Mais les baleines sont au rendez-vous, à Moorea toujours. D'abord une mère avec son baleineau à la Pointe Sud de l'île. A mon arrivée, le baleineau joue tranquillement en surface avec ses nageoires pectorales. Sous l'eau, je le vois faire des calins sur le museau de sa mère, c'est vraiment adorable et plein de tendresse. Un peu plus loin, au large de Haapiti, j'aperçois les sauts d'une baleine vers lesquels je me dirige. En plein océan, je découvre une pirogue à la dérive... Je me sens l'obligation de la récupérer et de la ramener à terre, via la gendarmerie de Moorea. Un peu plus tard, 2 baleines hyper cool devant les motu. Ensuite, à Temae, 2 baleines longent trés tranquillement le reef: Elles croisent une 3ème baleine qui donne l'impression de vouloir se battre, mais l'altercation ne dure qu'un court moment: Cette autre baleine laisse tranquille le deux premières qui finissent par se séparer devant la passe de Vaiare, l'une d'entre elles fait demi-tour, tandis que l'autre continue sa route et se met à donner des grands coups de queue dans le vent qui se lève.

17 août: Encore une journée qui m'a permis de faire deux superbes observations; d'abord une mère et son baleineau, puis, au milieu d'un grand groupe de globicéphales, une parade nuptiale interrompue par l'arrivée d'un mâle que je venais d'entendre chanter. Tout cela s'est passé à Moorea, loin de la frénésie des côtes de Tahiti où l'on m'a décrit la présence de plus de 20 bateaux autour de la même baleine! Quel délire!
Voici le film de cette journée: C'est pointe sud de Moorea que j'aperçois un baleineau qui joue en surface avec ses pectorales. Il n'a pas l'air intimidé, et une prudente approche ne modifie pas ses jeux. En longeant le récif, il n'arrête pas de sauter autour du bateau, il s'en approche, sans inquiétude, mais la maman veille et s'interpose dès qu'il devient trop curieux.

Dans l'aprés midi, devant les 2 motu, un mâle chante tandis que s'approchent deux baleines manifestement en parade nuptiale. Le chanteur s'interpose et tente, semble t'il, d'occuper la place de prétendant. Cela donne lieu à une sérieuse altercation au milieu d'un grand groupe de globicéphales. Une des baleines se met régulièrement en surface, sur le dos, exposant son ventre blanc: il est dit que cela pourrait correspondre au comportement d'une femelle refusant l'approche des mâles. Les deux autres baleines agitent l'océan par de grands coups de queue et de tête. Ce manège dure des heures.

21 août: tôt le matin, je retrouve la maman et son baleineau observés la veille. Comme hier, la maman interdit à son petit de s'approcher du bateau. Je poursuis ma balade jusqu'à Maraa, sans rien apercevoir d'autre.
Mon ami Vincent à beaucoup plus de chance! Au retour de Moorea, alors qu'il suit depuis de longues heures 3 baleines qui traversent le chenal en direction de Tahiti (probable femelle escortée par 2 mâles), il a l'incroyable chance de croiser le chemin d'un énorme requin baleine qui passe à 1 mètre à l'arrière du bateau. Mise à l'eau et bonheur absolu pour cette équipe!

Début d'aprés midi, maman et baleineau agitent la baie de la Punaruu, coups de queue et de pectorales de la maman, sauts du baleineau, à quelques mètres d'un kayakiste qui a du avoir de violentes poussées d'adrénaline!

22 août: Enfin un peu moins de vent, grande balade vers Papara, sans apercevoir l'ombre d'un souffle, exceptés ceux des nombreux dauphins à long bec croisés le long du récif. Devant Punaauia, 2 baleines sont "pourchassées" par les whale-watcher!
A Moorea, j'ai pu 'observer devant Haapiti le manège de deux baleines dont une au moins est une femelle (formation vulvaire arrondie bien visible sous la queue - 1ère photo dans le cadre si dessous), l'autre étant vraisemblablement un mâle prétendant, qui a sauté à deux reprises (manoeuvre de séduction?) et a montré son agacement (à mon égard?) par un grand mouvement de queue balayant la surface de l'océan. J'ai suivi ces deux baleines pendant environ deux heures, avant d'être rejoint par des whale watcher, un d'entre eux n'a pas hésité à barrer la route des baleines pour mettre ses passagers à l'eau (quid du code de bonne conduite?). Les baleines se dirigeaient vers le grand large, sans se séparer.

AOUT 2008: SYDNEY, AUSTRALIE: Tragique fin pour un baleineau en Australie: un baleineau orphelin tente de têter les bateaux, il a du être euthanasié (baie de Sydney): la suite... Cette triste histoire rappelle évidemment celle vécue par un baleineau entre Tahiti et Moorea en 2005.

23 août: plusieurs baleines ont été observées le long de la côte ouest de Tahiti. Pour ma part, j'ai fait le grand tour de Moorea, beau temps et mer calme. Un mâle chanteur nous a enchanté et étonné par ses capacités musicales: c'était géant, je crois n'avoir jamais rien entendu d'aussi beau de la part d'une baleine! J'ai commandé un hydrophone, j'espère pouvoir bientôt vous faire partager ces mélodies venues du fond des océans!


27 août: journée intéressante sur Tahiti: tôt ce matin, une mère accompagnée de son trés jeune baleineau (âgé de quelques jours) repousse les avances d'un mâle. Un peu plus tard, deux baleines flanent devant Te Maruata. Dans l'aprés-midi, une autre maman et son baleineau arrivent à Punaauia. Mer calme sur la côte ouest.
Tout a commencé trés tôt ce matin devant Punaauia: une maman, accompagnée d'un trés jeune baleineau, se repose à faible profondeur, parfois même en surface. Atour de cette petite famille, tourne une autre baleine qui, manifestement, tente d'approcher la femelle: il s'agit certainement d'un mâle. Mais la femelle, qui vient de mettre bas il y a quelques jours, refuse cette approche, et s'éloigne du mâle qui, pourtant insiste, et manifeste sa force en sautant complètement hors de l'eau à 2 reprises. La femelle reste indifférente aux prouesses du mêle. Le groupe longe le récif vers le nord, et, grande surprise, le mâle se met à chanter! Cela est étonnant, parceque les mâles sont en général habitués à chanter seuls. Il chante, tout en continuant à accompagner la femelle. Cette observation est assez inhabituelle et rare.
Devant Te Maruata, 2 baleines, une grosse et une autre plus jeune, flanent et somnolent en faisant d'assez longues apnées (15 à 20 minutes): Elles ne se laissent pas approcher.
En début d'aprés-midi, alors que je vais plonger, j'évite de justesse une autre maman avec son baleineau. Les baleines apparaissent juste devant l'étrave du bateau, à ma grande surprise, et il en faut peu pour que je les blesse! Elles s'éloignent tranquillement et longent le récif vers le sud. Aprés la plongée, je les retrouve devant Paea. Le baleineau est encore bien petit, mais il surprend par la durée de ses apnées qui peuvent dépasser la dizaine de minutes.

28 août: de bonne heure ce matin, devant Punaauia, nous retrouvons la baleine et son baleineau, toujours escortée par le mâle qui démontre une nouvelle fois sa force en sautant majestueusement! Le mâle reste prés de la femelle et il la suit dans tous ses déplacements, sans lui laisser la paix. Parfois, il s'interpose entre le bateau et la femelle, mais il ne montre jamais de signe d'agressivité. A l'arrivée des whale watcher, les baleines s'éloignent vers le large alors qu'elle longeaient le récif un peu plus tôt. Pas de chanson ce matin, mais quelques ébauches de sons tout de même.

29 août: c'est à Maraa que commence notre observation. Une femelle avec son baleineau dans la passe de Maraa, et une autre beaucoup plus au large, qui saute et frappe la surface de l'océan avec ses pectorales en s'approchant du récif à assez vive allure (5 noeuds): son baleineau est blessé! Il présente plusieurs entailles sous la dorsale, du côté droit, et une assez profonde, sur le dos, trés en arrière de la dorsale. Difficile de dire par qui ou par quoi ce baleineau a été blessé, mais on ne peut exclure une hélice de bateau. En tout cas, ces blessures qui paraissent assez récentes, expliquent assez facilement pourquoi la mère fuit systématiquement notre approche. A plusieurs reprises, et ce n'est pas la première fois que j'observe ce manège, la mère s'est positionnée devant l'étrave du bateau, au risque de se blesser: s'agit-il d'une sorte de stratégie "suicidaire" pour protéger sa progéniture?

 

Animation dans le chenal, balayé par le vent. J'ai remarqué que les baleines prenaient un malin plaisir à sauter dans la brise. On ne connaît pas la signification de ces sauts, alors, contentons nous d'ouvrir grands le yeux! Pendant ce temps, on dénombrait une quinzaine de baleine différentes à Moorea, mais pas de baleineaux.

31 août: Dernière belle journée avant l'arrivée prévue du mara'amu pour les jours suivants. Dans le chenal entre Tahiti et Moorea, un spectacle continu est assuré par plusieurs groupes de baleines qui se croisent, sans se mélanger. Il s'agit vraisemblablement d'affrontements entre mâles (escorte secondaire) cherchant à prendre la place du prétendant (escorte principale) auprés d'une femelle. La chose n'est pas facile, et les rencontres donnent lieu à de véritables combats, le ou les mâles (parfois organisés en coalition) de l'escorte secondaire se jetant à toute force sur le prétendant en place, sous l'eau ou hors de l'eau, la gueule souvent pleine d'eau pour donner encore plus de puissance à l'agression. Coups de tête, coups de queue se succèdent sans interruption pendant des heures. Le prétendant doit éviter de laisser la place à ses adversaires, il colle la femelle et étend parfois au dessus d'elle ses pectorales, et la cache des agresseurs en lachant de grandes colones de bulles d'air. Les belligérants croisent d'autres baleines, parfois occupées aux mêmes affaires, mais les groupes ne se mélangent pas. Le mâle prétendant restera ainsi prés de la femelle jusqu'au moment de l'accouplement, dont on ne sait pas grand chose. Malgré la violence de ces affrontements, il n'y a pas de blessure sérieuse. En cette fin du mois d'août, ces rencontres semblent assez fréquentes. Il faut dire que le nombre de mâles est trés nettement supérieur au nombre de femelles matures prêtes à avoir une ovulation. Pour nous autres observateurs, le spectacle est assuré, les baleines étant indifférentes à notre présence. Il est même possible, lorsque le calme revient, de se mettre à l'eau et de nager avec les 5 ou 6 baleines et les dauphins qui les accompagnent. D'inoubliables moments!

Banc de carangues - Faa'a
Banc de carangues - Faa'a

6 et 7 septembre: la mer se calme enfin, et la côte ouest est à l'abri du vent. Une baleine et son baleineau résident devant Punaauia et ne semblent pas agacés par la horde des curieux du WE. Depuis vendredi, une mère et son baleineau ont installé leur campement devant Punaauia. La femelle est énorme, très noire, elle s'interpose entre les bateaux et son baleineau. Il faut beaucoup de patience et, surtout, être peu nombreux, pour que le baleineau obtienne l'autorisation de s'approcher. Mais même dans ce cas, la maman intervient à la fois trés vite et trés calmement pour éloigner sa progéniture.

 

8 septembre: c'est incroyable. La baleine et le baleineau passent leur quatrième journée devant Punaauia, et le baleineau semble se laisser apprivoiser: Comment est-ce possible? Depuis des années que j'observe les baleines, je suis toujours extrêmement surpris par cette familiarité qui s'installe entre les baleines et les humains. Il n'y a sans doute pas beaucoup d'autres espèces animales (y en a t'il?) qui laissent leur progéniture s'approcher si prés des hommes, jouer avec eux, au lieu de fuir et se cacher. Certains parlent de la bêtise et de la naïveté des baleines qui, n'ayant que peu de prédateurs, n'estiment pas le danger. Toujours est-il que ce matin, le baleineau est venu à mon contact, et qu'il en a été ainsi avec tous les autres nageurs qui ont pris ma place, pendant des heures! Le baleineau n'a pas hésité à immiter certaines de nos attitudes, levant ses pectorales quand, par exemple, un nageur levait le bras. Régulièrement, la femelle récupérait son petit pour l'éloigner un peu des curieux, mais dès qu'il en avait la possibilité, le baleineau trouvait son bonheur remonter vers eux. Ces observations rapprochées doivent-elle être interdites, réglementées? Je crois que l'absence de règlementation apporte davantage que des restrictions ou des interdictions: En effet, une fois passée la frénésie palpitante et aveugle, vient un général le temps de la réflexion et de l'humilité, face à ces créatures qui vivent sur terre depuis des millions d'années et qui continuent à transmettre ce message de paix, de poésie, et de sagesse. Il faut, je pense, favoriser la magie fascinante du contact instruit avec ces animaux, nous avons tout à y gagner! Nous sommes si petits...
14h: Trop de nageurs, baleine et baleineau ont du changer d'adresse, ils ne sont plus visibles devant la Baie des Pêcheurs. La première règle à respecter lorsque nous avons la chance inouïe de pouvoir nous mettre à l'eau avec les baleines, c'est d'y aller en respectant la tranquillité des animaux, la sérénité de l'instant, ce qui implique une certaine discrétion et intimité: un ou deux nageurs à la fois, et pas trop longtemps, ce serait vraiment bien! Pour ma part, j'essaie de sortir tôt le matin afin d'être seul avec les baleines. Essayons d'éviter que nos observations ne se transforment en balade dans un cirque ou dans un zoo.

9 septembre: Ce matin, la baleine et son baleineau ont repris possession de la côte ouest devant Punaauia (5ème jour), et le baleineau n'a pas arrêté de sauter ou de donner de grands coups de queue en tournant autour de sa mère.Cette dernière s'y est mise aussi, pendant de longues minutes, elle a frappé la surface de l'océan avec ses immenses pectorales, et avec son impressionnante nageoire caudale. C'est à ce moment que certains whale watcher "professionnels" ont eu l'incroyable imprudence de mettre des passagers à l'eau! L'activité intense du baleineau qui, par ailleurs, s'est approché des nageurs de manière vraiment familière (à les toucher!!!), ressemblait à une véritable séance de musculation. Alors que les animaux ont des kilomètres de côtes à leur disposition, ils ont choisi la proximité des bateaux et des hommes: c'est quand même étonnant! C'est la dernière observation de cette petite famille qui, aprés cette journée d'entraînement intensif, a pris la direction du sud de l'île.

12 septembre: toujours beaucoup de vent, et mer agitée. Aucune observation récente le long de la côte de Punaauia depuis le départ de la maman et de son baleineau. Par contre, excellente période pour l'observation des baleines dans le Saint-Laurent (Canada), qui s'est transformé cette semaine, en une véritable « soupe de baleines »!

14 septembre: trés belles observations ce matin devant Punaauia-Paea: un chanteur qui saute... et une maman qui promène son nouveau né: de quoi ravir les whale-watcher! Le vent et la mer se sont enfin un peu calmés, et j'ai navigué jusqu'à la pointe de Mara'a. C'est devant Te Maruata que j'aperçois la baleine, furtivement. Il s'agit d'un chanteur, seul, qui fait de trés longues apnées (30 minutes!). J'ai enfin l'occasion d'enregister ce chant extraordinaire avec mon hydrophone (certaines mises au point techniques restent cependant à faire!): à vos écouteurs! La baleine interrompt brutalement son chant sans raison apparente (pas d'autre baleine dans les environs immédiats, mais arrivée d'une mère et de son baleineau à une distance de 3-4 miles), et elle se met à enchaîner plusieurs sauts spectaculaires en se dirigeant assez rapidement vers le sud de l'île. Juste avant la pointe de Mara'a, dans le vent, le mâle arrête sa course et chante à nouveau. Pendant ce temps, la mère et son petit nagent dans la même direction, mais beaucoup plus prés du récif, escortés par une demi-douzaine de bateaux.

15 septembre: encore une observation trés intéressante ce matin: dans le chenal, un couple de baleines se repose, sans se déplacer. Les animaux dorment en profondeur, et n'apparaissent que brièvement pour respirer. Mais, quand ils font surface, ils s'approchent terriblement prés du bateau. Je retrouve les mêmes baleines cet aprés-midi à la pointe des Pêcheurs. Longues apnées d'une vingtaine de minutes, puis brèves apparitions en surface durant lesquelles les animaux explorent le bateau. Amusant, mais trés impressionnant. A priori, il s'agit d'un couple mâle femelle, le mâle est pour une fois plus gros que la femelle, et il s'interpose fréquemment entre la femelle et le bateau, des fois que le bateau lui prenne sa place d'escorte! Il n'hesite pas à se lancer dans des manoeuvres d'intimidation, mais ne devient jamais violent. Les animaux ne se déplacent pas, ils réapparaissent précisément à l'endroit où ils ont sondé. Il suffit donc de s'armer de patience pour profiter de belles observations.

18 septembre: longue observation dans le chenal d'un couple de baleines (probablement un mâle et une femelle), dont une est blessée (probablement la femelle). Les baleines se dirigent à vive allure de la Pointe Sud de Tahiti vers Temae (Moorea). Le mâle s'interpose entre la femelle et le bateau et n'hésite pas à lancer des manoeuvres d'intimidation (mouvements de godille avec sa queue devant le bateau, un saut impressionnant, lacher de bulles). Il a un comportement protecteur à l'égard de la femelle, à moins que, comme dans l'observation du 16 septembre, il ne se protège lui même du risque de perdre sa place d'escorte principale. Les baleines suivent un cap assez précis duquel elles ne se détournent pas, comme si quelque chose les attendait: leur route paraît vraiment tracée! La baleine blessée a, elle aussi, sauté pluieurs fois, mais ses sauts sont nettement moins impressionnants que celui du supposé mâle. Il est possible d'agrandir les photos de la baleine blessée en cliquant dessus.

20 septembre: belle matinée, mais la mer est à nouveau un peu agitée. Un couple de baleines, probablement un mâle et une femelle (au ventre trés blanc), est observé dans le chenal, prés de Moorea, il se dirige vers la pointe sud de Moorea, où il est rejoint par une baleine solitaire (un autre mâle, pas trés gros, trés sombre, queue presque toute noire) qui longe le récif: cette baleine tente d'affronter le mâle de l'escorte principale, sans succès. Sur la route du retour, un peu au large de Moorea, surprenante rencontre avec une femelle et son tout jeune baleineau: approche impossible, le baleineau ne doit avoir que quelques heures ou quelques jours, il est collé à sa mère qui le pousse régulièrement vers la surface avec le bout de son museau. Un autre individu solitaire se dirige vers Tahiti, en nageant rapidement à faible profondeur (observation difficile, longues apnées, brèves apparitions en surface), et encore une autre baleine solitaire suivie par quelques bateaux nage vers le nord un peu au large de la Baie des Pêcheurs (là aussi, observation difficile, longues apnées et brèves apparitions en surface).

21 septembre: à Mara'a, pointe sud de Tahiti, j'ai la chance de pouvoir écouter longuement une baleine solitaire en train de chanter. Les apnées durent un peu moins d'une quinzaine de minutes, le chanteur reste sans bouger une bonne partie de la mélodie, il se déplace de quelques centaine de mètres pendant les 3 à 5 dernières minutes du chant. Un peu plus tard, une jeune baleine (juvénile de l'an dernier probablement) qui longe trés tranquillement le récif semble attirée par ce chant, elle s'approche et vient tourner autour du bateau et des nombreux nageurs venus nous rejoindre. Elle est curieuse et calme, et donne l'impression de danser au rythme de la mélodie. Mais elle reste à distance du chanteur.

 

25 septembre: Pointe sud de Moorea, avant que le vent ne se lève, mer calme. Un chanteur est rejoint par une autre baleine: les deux individus se déplacent alors lentement, d'abord vers le nord, puis vers le sud, avant de s'engager dans une parade nuptiale: Sans équivoque, la femelle se laisse "prendre" par le mâle. Cette observation permet de supposer que le mâle chante pour indiquer sa présence et sa disponibilité à l'égard des femelles fécondes: ces dernières s'approchent des mâles lorsqu'elles se savent sur le point d'ovuler, elles les attirent contre elles dans une espèce de danse qui précède l'acte de copulation: ce serait donc la femelle qui ferait le choix du mâle: cela exliquerait l'important nombre de mâles (ils sont nettement plus nombreux que les femelles) répartis sur la zone de reproduction. Sur leur route, ces deux baleines croisent un juvénile qui s'approche du couple, duquel il est régulièrement chassé par le mâle. Mais il reste à proximité. Sur le chemin du retour, je croise un chanteur qui, cette fois, est abandonné par une baleine qui préfère suivre le bateau! La baleine nage le ventre en l'air, sous et à la vitesse du bateau. Impressionnant et trés trés beau. Des chanteurs il y en a vraisemblablement d'autres: l'hydrophone plongé dans le chenal témoigne de leur présence assez lointaine.

27 septembre: pas moins de 14 baleines ce matin devant Punaauia-Paea, dont une trés intéressante observation d'une jeune maman harcelée par un mâle. Les deux premières baleines sont vues dans la passe de Taapuna, elles se dirigent calmement vers le sud, où elles rejoignent deux autres baleines. Il s'agit vraisemblablement de 2 couples mâle/femelle qui restent à distance l'un de l'autre. Venant du sud, une femelle, accompagnée de son tout jeune baleineau, est harcelée par un mâle. Le baleineau se pose à plusieurs reprises sur la gueule de sa mère au moment où celle ci atteint la surface pour respirer: il n'est vraiment pas bien grand, quelques jours à peine. Je suis ce groupe qui se dirige trés lentement vers Moorea. Le mâle n'a de cesse de s'approcher de la femelle qui se réfugie à plusieurs reprises sous le bateau, le ventre en l'air, toujours accompagnée de son baleineau. Mais le mâle chasse la femelle de cette position, il empêche même le baleineau de têter, en lui donnant des coups de tête lorsqu'il se positionne sous le ventre de sa mère. A noter que le baleineau tête en même temps que la mère se déplace:pas besoin de s'arrêter pour manger! Le mâle saute à plusieurs reprises, donne de grands coups de queue, peut-être pour m'intimider, ou pour montrer sa supériorité à la femelle, qui, à nouveau, vient se réfugier sous le bateau (pour éviter le mâle???). De retour vers Tahiti, je croise deux autres couples de baleines (se dirigeant vers le sud à toute petite vitesse), puis, en allant vers Maraa, une baleine solitaire qui saute à plusieurs reprises, puis 2 baleines qui viennent tourner autour du bateau, et, devant la passe de Maraa, une autre mère avec un baleineau, également escortée par un mâle nettement plus tranquille que le précédent! Ces baleines font route vers la presqu'île. Enfin, sous la pluie, devant Temaruata, une baleine solitaire somnole prés du récif. Cette longue matinée (8h sur l'eau!) m'a permis d'observer le comportement agressif d'un mâle qui escorte une femelle venant de mettre bas, et le comportement de la femelle harcelée qui vient chercher refuge sous le bateau. On m'a déjà décrit ce genre de scènes, avec même l'abandon momentané du baleineau par la femelle qui suit le mâle! Pas de chanteurs ce matin.

28 septembre: ça chante pointe sud de Tahiti et pointe sud de Moorea, mais impossible d'apercevoir les chanteurs. Pointe sud de Moorea, nous observons longuement une femelle avec son baleineau (assez joueur) escortée par un mâle enteprenant: à plusieurs reprises, j'ai pensé que la femelle se laissait "prendre" par le mâle. Je n'ai pas vu cette année de femelles seules avec leur baleineau: elles sont toujours escortées par une autre baleine. Toujours pointe sud, un groupe de deux baleines croise un groupe de 3 baleines: quelques scènes d'affrontements, mais rien de bien méchant. Plusieurs sauts et grands coups de queue. Ces 5 baleines se séparent et recomposent leur groupe. Je suis longuement le groupe de 3 baleines qui se dirige vers Tahiti: de temps à autres, elles s'arrêtent et il est possible de les observer dans l'eau. Mais le plus souvent, elles se déplacent assez rapidement (3,5 noeuds). Manifestement, il s'agit de deux mâles escortant une femelle, le principal prétendant chassant régulièrement "l'adversaire" qui se défend en donnant de grands coups de queue.

29 septembre: 2 baleines dorment devant le PK 18: 20 minutes d'apnée, brèves apparition en surface, quasiment pas de déplacement. Plus au large, un chanteur se dirige vers Moorea. En chantant, la baleine ne se déplace que trés lentement, et surtout à la fin du chant, juste avant de remonter vers la surface pour prendre sa respiration.

30 septembre: un juvénile solitaire (c'est souvent le cas des juvéniles, ils sont assez souvent seuls) se repose devant Vaiare à Moorea (il vient tourner brièvement autour du bateau, mais n'y prend pas intérêt!), tandis que l'hydrophone enregistre les chants de deux mâles distincts, l'un au sud de l'île, l'autre à Temae. Au sud de Tahiti, un couple de baleines adultes se repose au large aprés avoir fait quelques pirouettes, une autre baleine solitaire est aperçue en train de sauter devant la passe de Mara'a.

1er octobre: quelle incroyable matinée! Un juvénile somnole en surface devant le tombant de St Etienne. Un peu plus au sud, une mère et son baleineau longent le récif vers le sud, tandis qu'une autre mère avec son baleineau, annonçant leur arrivée par un spectaculaire saut (la mère et son nouveau né ont sauté en même temps), remontent vers le nord; les animaux se croisent dans une totale indifférence. Vers la Pointe des Pêcheurs, je croise une grosse baleine solitaire qui descend rapidement vers le sud, puis deux juvéniles qui se tiennent à distance l'une de l'autre, et enfin un chanteur qui semble arriver de Moorea: dans l'eau, l'hydrophone permet à une oreille attentive de distinguer un autre chanteur, bien plus lointain: Une nouvelle fois, l'océan se met à vibrer

Surf à Sapinus au lever du jour
Surf à Sapinus au lever du jour

2 octobre: rendez-vous avec les CACHALOTS!

Départ à 6h30, direction Temae, par grand beau temps. J'aperçois rapidement le souffle d'une baleine qui somnole en surface. Mais je suis intrigué par la couleur trés grise de l'animal, puis par la position de deux de ses congénères qui, somnolentes également, se trouvent les unes derrière les autres, alors que les baleines à bosse sont plutôt l'une à côté de l'autre. Et puis rapidement, l'horizon se couvre de souffles trés particuliers, ne pouvant appartenir qu'à un seul type de cétacés: les CACHALOTS!!! Nous sommes entourés d'une quinzaine (au moins) de cachalots qui sont tous statiques, en surface, seuls ou par petits groupes, flottant comme de vulgaires troncs d'arbre. Ce souffle si particulier qui se projette nettement vers l'avant et sur la gauche de l'animal. Il n'y a aucun doute! Ce sont bien des cahalots, facilement reconnaissables aussi par leur queue triangulaire qui se dresse verticalement au dessus de la surface de l'océan lorsque l'animal sonde. Autre trait particulier, la position de l'évent, trés en avant et complètement décallé vers la gauche. Naviguant à faible vitesse de groupes en groupes, nous pouvons observer ces animaux pendant plusieurs heures. Parfois, ils disparaissent tous pendant de longues minutes, avant d'apparaître à nouveau, se dispersant petit à petit sur un territoire de plus en plus grand. Il y a de toute évidence de trés jeunes individus qui restent groupés autour d'un adulte. A priori, il s'agit d'un grand groupe de plusieurs femelles avec leur progéniture: il n'a pas été observé de gros mâles: ces derniers sont souvent solitaires.

3 octobre: alors que la matinée s'annonçait merveilleuse, l'observation de 3 baleines se déplaçant paisiblement devant Punnauia a été perturbée par un pêcheur n'ayant eu aucune honte à tenter intentionnellement d'heurter les animaux avec son poti-marara. Ironie du sort, quelques minutes plus tard les gendarmes me demandaient gentillement de rester à distance respectable des animaux... alors que leur hélicoptère les avait survolés peu de temps auparavant dans un brouhaha assourdissant! Parmi ces baleines, je retrouve celle qui était blessée, observée le 18 septembre dans le chenal. A priori, elle n'est pas accompagnée par la même baleine (aujourd'hui, elles sont 3). Ce matin, devant Punaauia, j'aperçois depuis la maison une baleine et son baleineau, et en début d'aprés midi, plusieurs sauts à la Pointe Sud de Moorea. A 15h, des baleines sautent devant le Tombant de St Etienne. Par ailleurs, l'hydrophone enregistre le chant lointain d'un mâle, probablement dans le chenal. Vraiment, en ce moment, il y a beaucoup de baleines! Mais ce n'est pas une raison pour leur rentrer dedans.

4 octobre: La mara'amu s'est réveillé ce matin, le vent du sud souffle à nouveau dans le chenal, la mer est agitée et les observations plus difficiles. Un couple de baleines se balade devant Punaauia, trés calmement, vers le sud, tandis qu'une autre baleine remonte vers le nord. Un baleineau trés amical manifeste sa curiosité en allant trés prés des embarcations et des nageurs, tandis que sa mère et son escorte se reposent à une quinzaine de mètres de profondeur: c'est à Temae.Des chanteurs sont entendus à Moorea.

 

5 octobre: Moins de vent ce matin, mais la mer est agitée. L'hydrophone détecte la présence d'un chanteur lointain dans le chenal, tandis que devant Te Maruata, une jeune mère surveille de prés son baleineau, interdisant toute approche. Les baleines s'éloignent vers Moorea, fuyant les nombreux whale-watcher du WE. La femelle a la partie droite de la caudale percée par un trou relativement grand: Elle ne passera jamais inaperçue: je l'avais déjà photographiée le 6 août 2007.

Baleine à la caudale percée, déjà photographiée en 2007, accompagnée cette année d'un jeune baleineau
Baleine à la caudale percée, déjà photographiée en 2007, accompagnée cette année d'un jeune baleineau
La même baleine, alors seule, le 6 août 2007
La même baleine, alors seule, le 6 août 2007

6 octobre: un mâle attaque un baleineau! (toutes les photos prises à partir de maintenant seront en format RAW): voici une matinée particulièrement passionnante et pleine d'originalité. Tout se passe à Temae, je suis le premier sur place, bientôt rejoint par les whale-watcher de Moorea. Beau temps, mer calme. J'aperçois d'abord, prés du reef, le manège de 3 baleines: un baleineau, sa mère, et une 3ème baleine, de toute évidence un mâle. Tout semble calme, et, sous l'eau, le déplacement des animaux se fait paisiblement et gracieusement. Ce n'est qu'un peu plus tard que je comprendrai que ce manège est en fait construit par le mâle afin d'éloigner le baleineau de sa mère. En effet, sous l'eau, le mâle (c'est l'animal qui a le ventre le plus blanc, il est aussi un peu plus petit que la femelle) s'interpose entre la femelle et le baleineau, repoussant ce dernier avec le bout de sa gueule et l'empêchant constamment se s'approcre de sa mère. En surface, l'agressivité du mâle à l'égard du baleineau se manifeste par de violents coups de tête, il est capable de soulever la petite baleine en la prenant par endessous, la sortant entièrement hors de l'eau pour la projeter sur le côté. Par moment, le baleineau s'approche trés prés du bateau, peut-être pour se protéger. La femelle semble assez indifférente à ce comportement, elle ne fait rien en tout cas pour calmer l'agressivité du mâle. Ce manège est trés étonnant, il est contraire aux habitudes de la plupart des animaux qui protègent farouchement leur progéniture. Sans doute le mâle voulait-il la femelle pour lui tout seul? Les baleines s'éloignent vers le large, le mâle poursuit ses assauts contre le baleineau. Le baleineau peut-il survivre à une telle méchanceté?
Quasiment au même endroit, c'est à dire tout prés du récif, je retrouve une autre famille, composée également d'un baleineau, de sa mère, et d'un mâle. Les animaux se déplacent trés lentement, puis s'arrêtent à quelques mètres de profondeur. C'est alors que le mâle se met à chanter, avec puissance, la femelle restant insensible aux mélodies. Pas d'agressivité à l'égard du baleineau qui remonte au milieu d'une bande de nageurs déposés là par les whale watchers (une vingtaine de personnes dans l'eau en même temps, faut pas s'étonner que les baleines préfèrent s'éloigner). En surface, les déplacements restent toutefois lents, et la femelle garde le baleineau à ses côtés, n'hésitant pas à répondre au harcellement du mâle par de grands coups de queue. Cette observation est trés interessante, car il est assez rare d'avoir en même temps un chanteur et une femelle allaitante: habituellement, les biologistes affirment que les femelles allaitantes fuient le chanteurs. Comme quoi, la nature réserve bien des surprises! (La présence d'un mâle chanteur accompagnant une femelle allaitante a déjà été observée début septembre le long des côtes de Tahiti par Christophe). J'ai pu suivre aujourd'hui deux mâles ayant des attitudes trés différentes à l'égard de la femelle et, surtout, du baleineau.

8 octobre: le temps s'annonce plutôt clément, un peu trop nuageux, manque de lumière pour les photos. Direction Moorea, rien à Temae, une femelle et son baleineau devant Vaiare (furtifs), un juvénile solitaire un peu plus au sud, et, enfin, 3 baleines, une femelle escortée par deux mâles à la Pointe Sud. Alors que les animaux se dirigent vers l'est, ils font demi-tour, cap à l'ouest, le long du récif, se déplaçant trés trés lentement (2 noeuds maxi). C'est la femelle qui dirige les opérations, elle est zen et le restera durant toute l'observation, elle ne sonde jamais, nageant calmement en surface tandis que les mâles s'affrontent régulièrement. De temps en temps, elle s'arrête, les mâles lui tournent autour, l'escorte principale repoussant l'assaillant. Bientôt, ce groupe est rejoint par deux autres mâles, puis par un autre, beaucoup plus gros et plus agressif, puis par deux autres encore, ce qui fait 7 mâles autour de la femelle: cette dernière semble assez indifférente au vacarme des combats qui opposent les animaux, elle s'approche volontiers du bateau, suivie par son escorte, elle reste ZEN. Coups de tête, coups de queue, brutales et violentes accélérations, nombreux lachers de bulles, virevoltes animent le plan d'eau. Sous la surface, le spectacle de ces sept mâles qui tentent d'approcher la femelle est tout simplement fantastique. L'escorte principale repousse les assaillants, et, à aucun moment, elle ne donne l'impression d'être vaincue! C'est toujours elle que l'on retrouve au plus prés de la femelle. Les animaux communiquent entre eux par de brefs sons répétés fréquemment. Sur la route du retour, dans le chenal, je croise le chemin d'un juvénile solitaire qui nage à vive allure (7 noeuds!).
Sur les photos sous marines, la femelle est celle qui a le ventre noir et qui s'approche le plus prés. Le mâle a le ventre plus blanc, et de grandes pectorales trés souples:vil est venu s'interposer entre la femelle et moi. C'est aussi lui qui ouvre grand la gueule (il l'a fait à plusieurs reprises), peut-être pour chercher quelques nourritures. La baleine qui fait des bulles (dont on remarquera qu'elle a le bout de la pectorale droite amputée) fait partie de l'escorte secondaire, composée de 6 baleines.

9 octobre: belle matinée sur la côte sud où une femelle refuse de se faire escorter, deux mâles la harcèlent, elle ne peut s'en défaire, elle tourne en rond, ne sait pas quelle direction prendre, saute, sonde, donne quelques coups de queue, mais rien à faire, les deux mâle sont toujours là. Quelques scènes d'affrontement se déroulent entre mâles (coups de tête notamment, coups de queue), mais la femelle n'est jamais inquiétée. Dans le vent, la femelle s'est élancée dans un saut prodigieux à quelques petits mètres du bateau! Assez terrifiant et surprenant! Un autre couple passe sans encombre à travers se remue-ménage: j'y retrouve la baleine blessée. En plus des baleines, un parata (requin) est venu renifler la coque du bateau, un grand groupe de globicéphales et un groupe de dauphins accompagnent les baleines. Sur la route du retour, huit Mésoplodons de Blainville croisent au large de la Pointe des Pêcheurs: observations variées ce matin! Le vent est de retour, la mer est agitée, les prochaines sorties se feront le long de la côte ouest de Tahiti qui devrait rester abritée.

10 octobre: petite sortie le long de la côte ouest: aucune observation, le chenal est silencieux (pas de chanteur), le vent souffle assez fort, comme prévu.

12 octobre: 2 baleines se baladent le long de la côte ouest, escortées par une douzaine de bateaux. Elles finissent par s'éloigner et à prendre la direction de Moorea. Au loin, dans le vent, j'aperçois l'activité de plusieurs baleines. Pas de chanteur.

16 octobre: les baleines sont plus rares ces derniers jours, à Tahiti comme à Moorea. La météo n'est pas trés favorable à des observations de qualité. Ce matin, 2 baleines aperçues à Maraa filent vers le sud est, tandis qu'un chanteur se fait entendre un peu au large de Paea. Ayant repris mon activité professionnelle, les sorties sont moins fréquentes.

19 octobre: il m'a fallu du temps pour enfin voir une baleine et son baleineau devant Haapiti: apparition trés discrète des deux animaux, souffles à peine visibles, baleineau peu joueur... Cependant, après deux heures d'observation attentive, le baleineau se montre un peu plus curieux et s'approche enfin. Malheureusement, c'est à ce moment que les whale-watcher de Moorea sont arrivés, attirés par mon bateau dont la silhouette est désormais bien connue. Et là, j'ai assisté à la caricature du whale-watching, 4 puis 5 bateaux (ce qui signifie 9 moteurs hors bord tournant au ralenti), cul à cul, disposés juste au dessus de la femelle, une trentaine de personnes dans l'eau pour voir le baleineau remonter respirer. De quoi être profondément écoeuré! Même si la baleine et son petit ne semblaient pas particulièrement traumatisés par une telle affluence. Au bout d'un moment, j'ai naturellement fui l'attroupement. J'ai quand même fait quelques jolies photos qui sont encore dans la boîte.
Dans le même temps, une femelle et son baleineau, ecortée par une autre baleine, étaient observées le lon de la côte ouest de Tahiti.

21 octobre: Direction Moorea, moins de vent, mer un peu plus calme. Vers la Pointe Sud, un mâle chante, pas très loin du récif (il est facilement reconnaissable par sa caudale presque toute noire). Il est rapidement rejoint par une autre baleine, il s'en suit une brève altercation, les deux baleines se séparent, le mâle a arrêté de chanter. Je le retrouve un peu plus loin, il longe le récif, vers Haapiti. Il se remet à chanter, tout en nageant (un mâle peut donc chanter tout en se déplaçant), puis s'immobilise un peu plus au large. Deux baleines surgissent, venant du large, l'une d'elles se précipite sur le mâle en lui donnant un grand coup de tête, mais l'affrontement ne dure pas, les deux baleines continuent d'avancer ensemble, tandis que le mâle qui, une nouvelle fois a arrêté de chanter, rebrousse chemin: il s'immobilise à nouveau, sans chanter, prés du reef, où il donne l'impression de vouloir se reposer.

 

24 octobre: Difficile de voir des baleines: Pourtant, toutes n'ont pas encore quitté les eaux agréables du fenua. A Papara, dans le vent, j'ai pu observer un tout jeune baleineau (quelques jours à peine) jouer sur les vagues, tandis que, pas trés loin, un mâle lançait sa complainte: chant trés monotone, presque triste

 

28 octobre: mer et vent se sont calmés. Un chanteur s'exprime à Temae, tandis qu'une femelle y promène son baleineau: ces deux derniers finissent par entrer dans le lagon par la passe de Vaiare (Moorea). A la pointe sud de Tahiti, deux couples de baleines se croisent, ce qui donne lieu à une rapide altercation (coups de queue): ils prennent ensuite tranquillement des chemins différents, l'un remontant vers le nord tandis que l'autre s'oriente vers Moorea. Devant Taapuna, au moins deux baleines font de longues apnées. Les baleines se sont mises par paires, ce sont des adultes qui passent le plus clair de leur temps sous l'eau, au calme, pouvant faire des apnées de plus de 20 minutes sans se déplacer. Les observations sont donc difficiles et demandent énormément de temps et de patience.

 

30 octobre: toujours des observations difficiles, malgré une belle météo. Les baleines font de trés longues apnées et de brèves apparitions, elles se déplacent lentement, souvent par deux, volontiers un peu au large. Ce matin: une baleine seule devant Paea, deux autres devant Maraa, et deux encore devant Te Maruata. Curieusement, celles de Maraa suivaient un banc de poissons: ce n'est pas la première fois que j'observe des baleines sous des oiseaux, les pêcheurs le disent aussi... De là à penser que les baleines y trouvent de quoi manger... Cette suggestion irait à l'encontre de l'idée bien établie d'un jeune complet sur les zones de reproduction. Il est en fait possible que les baleines se nourrissent occasionnellement de planctons (elles ne se gavent pas comme en Antarctique). Pas de chanteur, les fonds sont muets.

 

4 novembre: Et non, les baleines ne sont pas encore toutes parties! Devant Maraa, je passe deux heures avec une femelle, son baleineau, et un mâle: les animaux tournent dans le courant sortant de la passe de Maraa, et le mâle ne cesse de harceler le baleineau, habitude que j'ai déjà pu observer à plusieurs reprises cette année. Mais cette fois, la femelle, qui paraît assez agée compte tenu des nombreuses marques inscrites sur son corps, notamment sa caudale, protège son baleineau et s'oppose au mâle. Dans le même temps, des surfers aperçoivent une baleine devant Taapuna.

Sur cette photo, le mâle percute de plein fouet la baleineau que l'on aperçoit à peine dans la mousse en avnt du rostre de l'agresseur.

9 novembre: trés belle journée passée avec une femelle et son baleineau devant Punaauia, aprés avoir suivi 2 baleines dans le chenal. Météo pour une fois magnifique, mer calme, pas de vent, le rêve! Dans le chenal, j'observe deux baleines qui viennent de Moorea et se dirigent vers la Pointe Sud de Tahiti. En cours de route, elles s'arrêtent et s'engagent dans une sorte de parade, jouant longuement, le ventre en l'air, avec leurs immenses pectorales. Puis, brutalement, elles changent de direction, pour aller vers la Pointe de Faa'a, en se séparant, laissant presque 500 mètres entre elles: pourquoi un tel comportement? Il aurait fallu les suivre plus longtemps, mais les souffles d'une femelle et de son baeineau, le long du récif de Punaauia, attirent mon regard. Seul, je passe deux heures avec les animaux, le baleineau remontant régulièrement vers la surface tandis que la femelle reste sur le fond. Bientôt, je suis rejoint per une douzaine de bateaux... qui me font fuir. Dans la soirée, je retrouve cette petite famille devant Te Maruata, et, à nouveau seul, je peux me mettre longuement à l'eau et profiter pleinement de la beauté du spectacle offert par les animaux. La femelle remonte avec son petit posé sur le bout de son rostre, elle vient me voir, puis elle me permet de l'accompagner pendant un petit moment, sans sonder, sans accélérer, nageant à ma vitesse! Encore de merveilleux moments chargés d'émotion... Dans le même temps, 3 autres baleines longent le récif devant Punaauia, vers le nord. Bientôt quelques belles photos, c'est promis!

11 novembre: j'observe une autre femelle et son baleineau devant Paea: j'ai cru un moment qu'il s'agissait de la petite famille déjà observée la veille, mais les photos indiquent qu'il s'agit d'une famille différente: malheureusement, l'eau est trés troublée par les récentes pluies. La femelle a l'air épuisé, elle reste à faible profondeur et remonte péniblement vers la surface pour respirer. Dans l'aprés-midi, d'autres baleines (dont un baleineau) sont aperçues devant la passe de Maraa. Une autre petite famille séjourne sur la côte sud de Moorea où des chanteurs ont encore été entendus ces jours derniers.

15 novembre: un grand merci à Christophe TELLIER et à tous les membres de l'association "TE ARAI OTIA NUI" de nous avoir conviés à participer à cette première journée polynésienne des Cétacés, dans le splendide cadre du jardin botanique de Papeari.

16 novembre: je passe un long moment (4 heures!) avec 4 baleines qui tournent, sans direction précise, au large de la pointe sud de Moorea. Elles sautent (ci-dessous) à plusieurs reprises, il y a une femelle, je ne sais pas si les autres baleines sont 3 mâles (il n'y a pas de scènes d'affrontements) ou s'il s'agit de deux couples mâle/femelle qui se suivent... Les dauphins accompagnent les baleines.

20 novembre: Punaauia accueille encore une maman et son baleineau, devant Te Maruata: sans se déplacer beaucoup, les baleines ne restent pas en place, le baleineau est déjà assez grand, mais la femelle ne le laisse pas venir seul vers moi. Comme si elle était un peu inquiète. Plus au sud, devant Paea, une baleine solitaire remonte rapidement (6-7 noeuds) le long du reef, vers Punaauia. Elle arrive à proximité de la femelle: cette dernière entreprend de l'accompagner avec son baleineau, sans toutefois s'en approcher: ont-elles rendez-vous avec d'autres animaux pour entreprendre leur migration vers le sud?

29 novembre: les baleines jouent les prolongations! Aujourd'hui, une baleine solitaire se repose devant Te Maruata en faisant de trés longues apnées (25 minutes), alors que devant Taapuna, au coucher du soleil, j'observe 5 baleines qui se déplacent ensemble et s'affrontent de temps à autre. Elles sont escortées par quelques dauphins à long bec. Jeudi 27, il y avait une femelle et son baleineau, accompagnés de deux autres baleines, devant Punaauia. Et on signale encore des groupes de baleines autour de la presqu'île!

Nous arrivons au terme d'une saison assez riche en observations et en enseignement. J'ai pour ma part vécu des moments exceptionnels avec les baleines, j'espère vous en avoir fait profité tout au long des pages de ce site. Actuellement, sont encore présentes quelques femelles et leur baleineau. Elles semblent épuisées, passent de longs moments en surface, ou à faible profondeur, sans se déplacer. L'allaitement est une période extrêment pénible et difficile pour ces animaux qui jeûnent depuis plusieurs mois. Il est donc nécessaire de les laisser en paix, il en va peut-être de leur survie et de celle de leur progéniture.

Mis à jour:  10 juillet 2016

 

Baleine et baleineau - Moorea - 6/09/2011
Baleine et baleineau - Moorea - 6/09/2011
Sweet Mama à Moorea
Vidéo: 3 minutes de pur bonheur avec la maman et son baleineau
Baleines, web.m4v.mp4
Fichier Audio/Vidéo MP4 20.4 MB

Le site "A Tahiti, dans le sillage des baleines" présente, en dehors de tout caractère scientifique ou commercial, mes observations et mes photos de baleines ainsi que toute une série d'informations sur le mégaptère. 


Depuis plus de 10 ans, armé de mes appareils photos, je guette et j'observe avec une passion jamais démentie ces animaux qui, de juillet à novembre, occupent les eaux polynésiennes pour s'y reproduire et mettre bas. La Polynésie occupe en effet une place essentielle dans le cycle biologique de l'une des populations mondiales des baleines à bosse (voir "Histoire et Géographie").


Ce site est , depuis 2002, un témoin de l'aventure des baleines à bosse (les mégaptères) dans les eaux proches de Tahiti, Moorea et Tetiaroa.

 
Les baleines sont devenues le symbole du combat de l'homme contre sa propre nuisance. Le nombre grandissant des baleines sur l'ensemble du globe montre qu'une prise de conscience collective permet d'inverser le dispositif destructeur que nous sommes capables d'engager.


Les mégaptères ne connaissent pas d'autres ennemis que nous-mêmes, elles font partie des animaux les plus vieux de la planète, elles portent en elles la mémoire du monde... Puissent ces pages sensibiliser chacun au respect des baleines et à la protection de notre environnement.

Pierre Follin 


Sortie du livre "TOHORA"
Sortie du livre "TOHORA"

"TOHORA", le livre qui raconte le parcours des baleines à bosse dans les eaux polynésiennes. Textes et photos sont à dévorer. En vente dans les librairies de Tahiti.

 

Parade en soirée - 2008
Parade en soirée - 2008
Le rostre - 2008
Le rostre - 2008
Affrontements - 2008
Affrontements - 2008
La caudale - 2008
La caudale - 2008
2 souffles en soirée - 2008
2 souffles en soirée - 2008
Lobtailing - 2008
Lobtailing - 2008
Tail breaching - 2008
Tail breaching - 2008
Une baleine expose son ventre blanc - 2008
Une baleine expose son ventre blanc - 2008
Flippering - 2007
Flippering - 2007
Baleineau - 2009
Baleineau - 2009