Connaître et reconnaître les mégaptères

 

Taxonomie

 

Règne: Animalia
Embranchement: Chordata
Sous-embranchement: Vertebrata
Classe: Mammalia (mammifère)
Sous-classe: Placentalia
Ordre: Cétacés
Sous ordre: Mysticètes (animaux à fanons)
Famille: Balaenoptéridés
Genre: Megaptera
Espèce: Megaptera Novaeangliae (seule espèce du genre - Borowski 1781)

Le mégaptère est un mammifère marin, classé dans l’ordre des cétacés et dans le sous-ordre des mysticètes ("cétacés à fanons"). Il fait partie de la famille des rorquals (balaenoptéridés), à laquelle appartient aussi la baleine bleue (balaenoptera musculus). Il est le seul espèce du genre Megaptera. Son nom scientifique est Mégaptera Novaeangliae. On l'appelle aussi "baleine à bosse », "jubarte", ou "Humpback Whales" en anglais. Il doit son nom de mégaptère (grandes ailes) à ses immenses nageoires pectorales très souples, et son nom de baleine à bosse à sa façon de sonder en faisant le "dos rond" bien visible en surface. Il a été décrit pour la première fois dans les années 1750 (Klein-balaena gibbo unico), mais c’est Borowski, en 1781, qui, suite à ses observations faites en Nouvelle Angleterre, lui a donné le nom qu’elle porte toujours (M. Novaengliae).

 

Comme tous les mammifères, les mégaptères ont le sang chaud (maintenu à température constante), ils respirent de l'air et allaitent leurs petits qui se dont développés dans l’utérus de leur mère. Ils sont les plus trapus, et les moins rapides des rorquals. Leur peau est lisse, douce et fragile, dépourvue de poils. Ils pèsent environ 2 tonnes et mesurent 4 mètres à la naissance. Adulte, la femelle est plus grosse et plus grande (+ 1,5 mètre) que le mâle : le poids moyen des adultes est de 25-30 tonnes, mais il peut atteindre 40 tonnes (femelles en fin de gestation par exemple), pour une taille moyenne de 14-15 mètres, ne dépassant pas les 17 mètres. Cette énormité n’est pas un handicap, bien au contraire, on le verra plus loin. Leur espérance de vie n’est pas connue, le plus vieux mégaptère chassé avait 48 ans.

 

La femelle met au monde un petit tous les deux ans en moyenne. L’allaitement dure à peu prés 6 mois. La maturité sexuelle est atteinte à 5 ou 6 ans, tant pour les mâles que pour les femelles, les animaux mesurent alors une douzaine de mètres. La maturité physique n’est atteinte que bien plus tard, vers 15 ans.

 

Visibles de loin, les souffles trahissent la présence des animaux. C’est souvent la première chose que l’on voit en mer, comme les baleiniers autrefois : « elle souffle ! ». Puissants, rauques, bruyants, ils dessinent un V brumeux au dessus des 2 évents, sortes de grosses narines situées sur le haut du crâne qui se ferment hermétiquement lorsque l’animal plonge. Composés d’air et de mucosités provenant des voies respiratoires, les souffles peuvent atteindre 3 à 4 mètres de hauteur. La respiration est d’une incroyable efficacité puisque chaque mouvement permet le renouvellement de plus de 75% de l’air (contre 10 à 15% chez les mammifères terrestres).

 

Cette étonnante capacité respiratoire est évidemment un outil physiologique indispensable pour les baleines. Mais elle ne suffit pas à expliquer leurs longues apnées. En effet, l’oxygène contenu dans l’air pulmonaire est largement insuffisant pour nourrir les animaux lorsqu’ils sont sous l’eau. Pour nager sans respirer, les baleines ont développé la faculté de stocker l’oxygène ailleurs que dans leurs poumons, notamment dans leurs muscles et leur sang. Le sang des cétacés contient davantage d’hémoglobine que celui de l’homme (x1,4), il représente 10% du poids de leur corps (6,6% chez l’homme), le nombre de globules rouges par millimètre cube est plus importants (x2) (d’après COUSTEAU J.Y., PACCALET Y. 1986. La planète des baleines. Robert LAFFONT). A cette énorme capacité de stockage s’ajoute un remarquable système de distribution de l’oxygène dans l’organisme afin d’en maîtriser strictement la consommation : en apnée, il privilégie l’oxygénation du cœur et du cerveau au détriment des tissus périphériques, plus aptes à fonctionner en anaérobie (sans oxygène). Cette adaptation de la respiration à la vie sous marine, prise à titre d’exemple, vaut naturellement pour les autres fonctions physiologiques de l’organisme : le mégaptère, comme les autres mammifères marins, a acquis, au terme de millions d’années d’évolution, la fabuleuse faculté d’être à la fois mammifère et marin !

 

Le dos des mégaptères (53 vertèbres du crâne jusqu’à la caudale) est noir, brillant, et porte parfois les cicatrices laissées par les combats et les morsures (celles des orques, à priori seul prédateur connu, mais il n’est pas exclu que les mégaptères subissent les agressions de poissons, genre requins ou espadons). Lorsque la baleine est endormie, immobile, le dos affleure la surface et se confond avec les reliefs tracés par le vent et les vagues sur l’océan : il est à peine visible, même pour un œil averti ! Il est surmonté d’une nageoire dorsale ridiculement petite dont la forme particulière (triangulaire, arrondie, en faucille....) permet l’identification de certains individus. Hypervascularisée, elle jouerait un rôle dans la thermorégulation. Juste avant de sonder, le mégaptère se recroqueville, il voûte son dos qui dessine une bosse parfaitement reconnaissable. (Certains biologistes attribuent le nom de baleine à bosse au petit renflement bossu qui se trouve en avant de la dorsale chez certains individus).

 

«- Mais, ce que vous ne savez sans doute pas, monsieur Aronnax, c’est que, au commencement du monde, les baleines filaient plus rapidement encore.

-Ah ! vraiment, Ned ! Et pourquoi cela ?

-Parce qu’alors, elles avaient la queue en travers, comme les poissons (...) Mais le Créateur, s’apercevant qu’elles marchaient trop vite, leur tordit la queue, et depuis ce temps-là, elles battent les flots de haut en bas au détriment de leur rapidité ».

Vingt mille lieues sous les mers, Jules Vernes, 1869.

 

L’explication donnée par Ned est superbe ! Elle illustre de manière imaginaire une des grandes différences existant entre les poissons et les cétacés : les premiers ont une queue verticale qu’ils battent de droite à gauche, tandis que les cétacés ont une queue horizontale qu’ils ondulent de haut en bas. Quand la baleine sonde, sa gigantesque nageoire caudale (jusqu’à 4 mètres d’envergure) sort complètement hors de l’eau dans un grand mouvement plein de grâce et de légèreté qui dissimule sa formidable puissance. Rattachée au dos par un pédoncule étroit et extrêmement musclé, la caudale assure seule la propulsion, c’est son rôle principal. Mais elle peut devenir, maniée comme un fouet, une arme redoutable pour agresser les congénères et intimider les observateurs trop curieux. La caudale est à la fois typique de l’espèce, nettement échancrée avec une bordure fuyante dentelée, et de l’individu, chacun ayant des marques qui lui sont personnelles sur la partie ventrale, blanche : elle est donc un excellent moyen pour identifier les animaux.

 

Les nageoires pectorales sont immenses. Elles mesurent un tiers de la taille de l’individu, pouvant atteindre 4 ou 5 mètres ! Presque entièrement blanches chez les rorquals à bosse de l’Atlantique Nord et de l’Atlantique Sud, presque entièrement noires chez ceux du Pacifique Nord, elles sont noires sur le dessus et blanches en dessous chez ceux du Pacifique Sud. Les pectorales contribuent à améliorer considérablement la manœuvrabilité exceptionnelle de l’animal, capable de véritables pirouettes et contorsions, c’est vraisemblablement leur rôle principal. Richement vascularisées, elles interviendraient aussi dans la thermorégulation. Par contre, ces grands appendices externes diminuent évidemment la vitesse des animaux : le crénelage de leur bordure antérieure aurait pour effet de limiter cet effet freinateur.

 

Dans l’hémisphère sud, le ventre des mégaptères est le plus souvent blanc, parsemé de tâches noires qui remontent sur les flancs en dessinant une robe propre à chaque individu. Comme chez les autres mysticètes, il est parcouru de plusieurs longs sillons gulaires (une vingtaine) qui s’étendent de la gorge à l’ombilic et qui, tels les plis d’un accordéon, se dilatent lorsque la baleine engouffre les litres d’eau nécessaires à la capture du krill. En arrière de l’ombilic, difficile à distinguer, se trouve la fente génitale, plus proche de l’anus et bordée d’une sorte de tubérosité chez la femelle. La taille du pénis a souvent fait l’objet de commentaires grivois ! Mesurant entre 2 et 3 mètres, il est de nature fibroélastique, non extensible (car non vasculaire), rétracté en S dans un sac qui s’ouvre lorsque l’érection commence. Les testicules sont cachés à l’intérieur du ventre.

 

Le rostre noir, applati, est orné de plusieurs petites tubérosités alignées, spécifiques de l’espèce. Ces drôles de formations qui contribuent à donner une allure si particulière aux mégaptères sont en fait des tubercules pileux (un poil, une bosse !) qui servent probablement, comme les moustaches d’un chat, à sentir l’environnement. La mâchoire supérieure est bordée de 600 à 800 fanons qui pendent au dessus de la lèvre inférieure, les plus longs dépassent difficilement 70 centimètres.

 

Sous le menton pousse une petite excroissance charnue caractéristique, souvent incrustée de balanes (ou bernacles : coronula). Ce sont de petits crustacés sédentaires à la carapace dure, calcaire, qui vivent sur les baleines, sans véritablement les parasiter. On en trouve également sur le rostre, les pectorales et la caudale. Ils disparaissent progressivement durant le séjour en eau tropicale, ne trouvant vraisemblablement pas à se nourrir. Certains mégaptères en transportent des dizaines de milliers (450 kilogrammes sur une seule baleine à bosse, ce n’était pas en Polynésie)! Les balanes sont responsables de blessures lors des affrontements.

 

Les oreilles sont minuscules, mais existent bel et bien, sous forme d’un fin conduit auditif situé juste en arrière de l’œil. L’audition joue vraisemblablement un rôle considérable, encore sous-estimé, dans le guidage des animaux, dans la cohésion des populations dont les individus vivent si éloignés les uns des autres, dans la formation des groupes (lors des affrontements par exemple). Dans l’eau, les sons se transmettent bien mieux que dans l’air, et bien mieux que la lumière. Mais les sons ne sont pas transmis à l’oreille interne par le canal auditif : ce dernier est en effet obstrué de cérumen et de débris de peau (dont le nombre de couches permet de déterminer l’âge des animaux). La transmission des bruits, encore mal comprise, se fait probablement par d’autres voies qui utilisent les structures osseuses et fibreuses de l’animal. Contrairement aux animaux terrestres, les parties internes de l’oreille ne sont pas rattachées directement au crâne mais sont plutôt maintenues en place par une série de ligaments : cet isolement de l’oreille permettrait aux baleines de déterminer la provenance des sons aussi facilement que nous le faisons dans l’air (toujours d’après COUSTEAU J.Y., PACCALET Y. 1986. La planète des baleines. Robert LAFFONT). Bizarrement, cette supposée excellente acuité auditive ne permet pas aux mégaptères de repérer et d’éviter certains obstacles, notamment les bateaux. A plusieurs reprises, j’ai été surpris par des baleines (le plus souvent accompagnées de leur baleineau) qui apparaissaient juste devant le bateau, au risque réel de se faire percuter. Dès lors, est-il nécessaire de laisser tourner les moteurs lorsqu’on observe les baleines, comme le recommandent certains ? J’en doute... Le bruit des moteurs n’appartient peut-être pas au registre des bruits identifiables par les animaux.

 

Les yeux sont réputés assurer une parfaite vision, vraisemblablement mono chromique, tant dans l’eau qu’en dehors. Il n’y a pas de glandes lacrymales (les baleines n’ont pas besoin de garder les yeux humides !), mais il existe toutefois des glandes qui sécrètent une sorte d’huile pour lubrifier le globe oculaire et le protéger des effets de l’eau salée. De plus, comme les baleines n’ont pas à craindre la poussière, elles n’ont pas de cils. Les yeux sont situés de chaque côté de la tête, ce qui fait que le champ de vision est presque complètement monoculaire. Ils sont bordés d’épaisses paupières graisseuses qui se ferment lorsque l’animal dort. Pour mieux voir l’environnement en surface, la baleine se redresse et sort complètement la tête hors de l’eau avant de tourner sur elle-même et de couler lentement : c’est le « spy hopping » des anglo-saxons.

Mis à jour:  10 juillet 2016

 

Baleine et baleineau - Moorea - 6/09/2011
Baleine et baleineau - Moorea - 6/09/2011
Sweet Mama à Moorea
Vidéo: 3 minutes de pur bonheur avec la maman et son baleineau
Baleines, web.m4v.mp4
Fichier Audio/Vidéo MP4 20.4 MB

Le site "A Tahiti, dans le sillage des baleines" présente, en dehors de tout caractère scientifique ou commercial, mes observations et mes photos de baleines ainsi que toute une série d'informations sur le mégaptère. 


Depuis plus de 10 ans, armé de mes appareils photos, je guette et j'observe avec une passion jamais démentie ces animaux qui, de juillet à novembre, occupent les eaux polynésiennes pour s'y reproduire et mettre bas. La Polynésie occupe en effet une place essentielle dans le cycle biologique de l'une des populations mondiales des baleines à bosse (voir "Histoire et Géographie").


Ce site est , depuis 2002, un témoin de l'aventure des baleines à bosse (les mégaptères) dans les eaux proches de Tahiti, Moorea et Tetiaroa.

 
Les baleines sont devenues le symbole du combat de l'homme contre sa propre nuisance. Le nombre grandissant des baleines sur l'ensemble du globe montre qu'une prise de conscience collective permet d'inverser le dispositif destructeur que nous sommes capables d'engager.


Les mégaptères ne connaissent pas d'autres ennemis que nous-mêmes, elles font partie des animaux les plus vieux de la planète, elles portent en elles la mémoire du monde... Puissent ces pages sensibiliser chacun au respect des baleines et à la protection de notre environnement.

Pierre Follin 


Sortie du livre "TOHORA"
Sortie du livre "TOHORA"

"TOHORA", le livre qui raconte le parcours des baleines à bosse dans les eaux polynésiennes. Textes et photos sont à dévorer. En vente dans les librairies de Tahiti.

 

Parade en soirée - 2008
Parade en soirée - 2008
Le rostre - 2008
Le rostre - 2008
Affrontements - 2008
Affrontements - 2008
La caudale - 2008
La caudale - 2008
2 souffles en soirée - 2008
2 souffles en soirée - 2008
Lobtailing - 2008
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Tail breaching - 2008
Tail breaching - 2008
Une baleine expose son ventre blanc - 2008
Une baleine expose son ventre blanc - 2008
Flippering - 2007
Flippering - 2007
Baleineau - 2009
Baleineau - 2009