Le whale watching de masse, un dérangement inacceptable pour les baleines

Whale watching de masse - Moorea 3 septembre 2011
Whale watching de masse - Moorea 3 septembre 2011

La Polynésie offre des conditions exceptionnelles pour observer les baleines. En effet, les animaux séjournent à proximité des récifs, aux abords des passes et dans certaines baies, il n'y a donc pas besoin de faire des heures de navigation pour s'en approcher. La Polynésie est aussi un lieu formidable pour faire des observations et des images sous marines, l'eau est chaude et claire.

 

De nombreux prestataires proposent des sorties en mer sur de petits bateaux embarquant 10 à 20 passagers. Il n'y a pas en Polynésie de "charter" comme en Australie, Hawaï. Ces petites embarcations sont mobiles et rapides, et permettent donc des observations rapprochées. Bien sur, il ne faut pas craindre le mal de mer, ou le soleil, leur confort reste rudimentaire!

 

Moorea et Tahiti son indiscutablement les îles les mieux équipées pour le whale watching en raison du nombre de prestataires. Les observations sont plus fréquentes, les baleines plus nombreuses à Moorea. Lîle de Rurutu, aux Australes, est surtout intéressante pour les photographes et les cinéastes car l'eau y est très claire.

 

Depuis quelques années, le nombre de baleines à considérablement augmenté, et, pendant la saison, les sorties bredouilles sont exceptionnelles. Les baleines se sont aussi habituées à la présence des hommes et de leurs bateaux, et se laissent facilement approcher. Notamment, femelles et baleineaux ne fuient plus et restent volontiers à proximité des nageurs.

 

Ainsi, il est devenu presque habituel de pouvoir nager tout près d'une baleine et de son baleineau, au point de rendre cet évènement presque banal. Il n'est pas rare de voir des dizaines de bateaux, et des dizaines de nageurs barboter autour d'une femelle et de son baleineau pendant des heures, sans que les animaux ne fuient ces attroupements. Malgré plusieurs chartes territoriales visant à réglementer l'observation des baleines et autres mammifères marins, se met en place en Polynésie une sorte de whale watching de masse, indiscipliné et dérangeant, pour ne pas dire choquant. Ce n'est plus de l'observation, ou de l'approche animalière, c'est devenu du voyeurisme.

 

Ce comportement, supporté évidemment par la rentabilité financière du whale watching, attendu par les touristes, discrédite les prestataires et banalise complètement le whale watching. La balade naturaliste a cédé la place à la bousculade touristique qui cultive le non respect de la vie sauvage. Mais les prestataires ne sont pas les seuls à mettre en cause, les particuliers ne sont pas en reste, notamment à Tahiti entre Mahina et Punaauia.

 

Il convient, je pense, de garder à l'esprit que les baleines ne migrent pas en Polynésie par fantaisie, qu'elles ne viennent pas pour être vues, que leur présence ne doit rien au hazard. Les eaux polynésiennes sont pour elles le lieu de la reproduction et de la mise bas, c'est à dire la zone où se déroulent les étapes les plus essentielles de leur vie, de leur survie. Lorsqu'une femelle et son baleineau ne fuient pas à l'approche des hordes de bateaux et nageurs, ce n'est pas parce que les animaux acceptent la présence du vacarme et l'agitation, c'est parce que nous pénétrons dans une zone de vie dessinée par la femelle pour s'y reposer y élever son baleineau. La migration, la mise bas, l'allaitement, le jeûne, l'élevage et la protection da sa progéniture sont des épreuves épuisantes pour la femelle. Penser que notre présence est acceptée sans crainte et sans dérangement par les animaux est une contre vérité, un argument erroné pour se donner bonne conscience!

Whale watching - Moorea 3 septembre 2011
Whale watching - Moorea 3 septembre 2011

Observer

 

En mer ! Des heures durant, je scrute la surface de l’océan.

 

Un souffle, typique, immanquable, un saut, grande gerbe blanche visible de très loin, une caudale qui se lève, une pectorale, un baleineau qui s’amuse.... un chant... Je cherche le moindre signe pouvant révéler la présence d’une baleine. Je navigue lentement, par étape. Je m’arrête. J’écoute. Les animaux passent le plus clair de leur temps sous l’eau, ils sont invisibles. Combien de fois suis-je passé à côté d’eux sans soupçonner leur présence ?

 

Là-bas, elles soufflent ! Deux baleines barbotent, au milieu du chenal, entre Tahiti et Moorea. Elles n’ont pas l’air de se déplacer. Je m’en approche, elles sondent en laissant deux grandes marques rondes sur la mer, empreintes qui s’effaceront en quelques secondes. Plus rien ne peut désormais trahir la présence des animaux. Ne les voyant pas réapparaître, j’arrête les moteurs et j’attends. Longtemps... Où sont-elles ? Habituellement, les baleines se montrent toutes les 10 à 15 minutes. Cela fait déjà plus de 25 minutes... Je sais par expérience qu’elles ne sont pas loin, peut-être juste sous le bateau, invisibles. Plus les apnées sont longues, moins les baleines se déplacent. Un souffle rauque, sonore, brise soudainement le calme de l’océan. La baleine n’est qu’à quelques mètres du bateau, son rostre émerge à peine. Elle nage vers moi, tout doucement, indiscutablement intéressée par l’embarcation dont elle fait tranquillement le tour, la frôlant, sans la toucher. Curieuse, elle sort complètement la tête hors de l’eau (spy-hoping), comme pour mieux voir qui se trouve à bord ! Elle est si prés que je suis mouillé par l’air humide que dégage son souffle. Qui est l’observateur ? Elle est rejointe par sa semblable, qui ne s’aventure pas aussi près du bateau. Les deux comparses s’éloignent à peine, puis sondent en exposant avec grâce, dans un même mouvement synchronisé, leur immense nageoire caudale.

 

L’observation des mégaptères oblige à faire preuve d’énormément de patience. Pas question de brusquer les animaux par une approche trop précipitée. Il est toujours préférable de les laisser s’habituer progressivement à la présence du bateau. Cela peut prendre du temps... Je reste à distance, derrière eux. J’observe, longuement, je photographie, j’essaie de comprendre, d’identifier : mâle ? Femelle ? Juvénile ? Mère et baleineau ? Affrontement ? Parade ? Chanteur solitaire ? ... Et, quand l’opportunité m’en est donnée, je me mets à l’eau, laissant le bateau dériver au gré des vagues et de la brise. Il ne sert à rien de poursuivre les animaux. Je les laisse venir à moi, ce n’est possible qu’après des heures passées à les habituer à ma présence. Parfois, la baleine refuse mon approche, ce n’est pas la peine d’insister. D’autres fois, elle se fait complice de ma curiosité, et me permet de rester à ses côtés, pendant de longs moments.

 

Nouvelle sortie matinale à Moorea. Le temps est idéalement beau, le soleil vient à peine de se hisser au dessus des montagnes de Tahiti. La lumière est chaude et douce. Un baleineau s’amuse au bord du récif. Il donne des coups de queue, joue avec ses pectorales, se met sur le dos, se contorsionne en toute position. Les éclaboussures de ses jeux dérident la surface lisse de l’océan. La femelle n’est certainement pas loin, un baleineau ne reste jamais seul. A mon arrivée, il disparaît. J’attends. 4 à 5 minutes plus tard, il revient, seul, à quelques mètres du bateau immobile, nage en dessinant un cercle, respire 7 à 10 fois, puis sonde. Je n’ai aucun doute, sa mère se trouve juste en dessous. Le manège se reproduit, mais cette fois, le baleineau remonte, accompagné par la femelle, énorme. D’un coup d’œil, elle observe le bateau. Ne sentant pas de menace, elle s’immerge un peu plus loin, à une quinzaine de mètres de profondeur. Elle se repose, immobile, réservant toutes ses forces à produire le lait qui nourrit son petit. Je me mets à l’eau, masque sur le visage. Le baleineau est collé à sa mère, il la caresse et tète. Eprouvant le besoin de respirer, il remonte seul, et recommence son manège, toujours le même : quelques cercles au dessus de sa mère, quelques respirations, puis nouvelle immersion. Je prolonge l’observation. Ma présence fait maintenant partie du décor. A chacune de ses remontées, le baleineau s’approche de plus en plus près. Il est curieux. Il a un regard coquin, un peu moqueur. Il vient me voir! Je dois faire attention à la surprenante vitalité des mouvements de sa queue. Il mesure plus de 4 mètres, pèse 2 à 3 tonnes, je ne suis pas à la hauteur ! Joyeux, il danse. Son corps dessine des courbes gracieuses dans un enchainement de mouvements acrobatiques. C’est merveilleux, j’en oublie presque le bateau et la femelle qui, pourtant, ne quitte pas son petit des yeux, prête à intervenir avec une dangereuse rapidité en cas de nécessité. Eprouvant à son tour le besoin de respirer, la mère remonte, escortée par le baleineau. Elle vient intentionnellement vers moi, colossale et terrifiante. Je ne suis rien à côté d’une telle masse. Son rostre n’est plus qu’à quelques mètres, je ne bouge pas, je sais que je ne risque rien, je suis fasciné. Le silence est total. Elle me regarde, c’est impressionnant, « géant » comme disent les nouvelles générations, puis bifurque légèrement, replie sa pectorale pour éviter de me heurter, passe devant moi, puissante et belle. Je crains toujours la queue, arme potentiellement redoutable. Je m’en écarte en donnant quelques coups de palmes. Je suis pris dans les tourbillons laissés par le passage des animaux, ivre de bonheur. Ils s’éloignent, mais sans doute rassurés, s’installent un peu plus loin et me permettent de partager avec eux d’autres fabuleux moments.

 

Une nouvelle fois, les baleines m’ont invité dans leur monde, aux limites de l’invraisemblable. A travers chacune de ces rencontres, moments privilégiés passés à leur côté, les baleines m’ont exhorté à faire leur connaissance, à améliorer mes connaissances. Je ne pouvais plus rester simple spectateur. Je n’ai pas été déçu !

Whale watching - Moorea 3 septembre 2011
Whale watching - Moorea 3 septembre 2011

Mis à jour:  10 juillet 2016

 

Baleine et baleineau - Moorea - 6/09/2011
Baleine et baleineau - Moorea - 6/09/2011
Sweet Mama à Moorea
Vidéo: 3 minutes de pur bonheur avec la maman et son baleineau
Baleines, web.m4v.mp4
Fichier Audio/Vidéo MP4 20.4 MB

Le site "A Tahiti, dans le sillage des baleines" présente, en dehors de tout caractère scientifique ou commercial, mes observations et mes photos de baleines ainsi que toute une série d'informations sur le mégaptère. 


Depuis plus de 10 ans, armé de mes appareils photos, je guette et j'observe avec une passion jamais démentie ces animaux qui, de juillet à novembre, occupent les eaux polynésiennes pour s'y reproduire et mettre bas. La Polynésie occupe en effet une place essentielle dans le cycle biologique de l'une des populations mondiales des baleines à bosse (voir "Histoire et Géographie").


Ce site est , depuis 2002, un témoin de l'aventure des baleines à bosse (les mégaptères) dans les eaux proches de Tahiti, Moorea et Tetiaroa.

 
Les baleines sont devenues le symbole du combat de l'homme contre sa propre nuisance. Le nombre grandissant des baleines sur l'ensemble du globe montre qu'une prise de conscience collective permet d'inverser le dispositif destructeur que nous sommes capables d'engager.


Les mégaptères ne connaissent pas d'autres ennemis que nous-mêmes, elles font partie des animaux les plus vieux de la planète, elles portent en elles la mémoire du monde... Puissent ces pages sensibiliser chacun au respect des baleines et à la protection de notre environnement.

Pierre Follin 


Sortie du livre "TOHORA"
Sortie du livre "TOHORA"

"TOHORA", le livre qui raconte le parcours des baleines à bosse dans les eaux polynésiennes. Textes et photos sont à dévorer. En vente dans les librairies de Tahiti.

 

Parade en soirée - 2008
Parade en soirée - 2008
Le rostre - 2008
Le rostre - 2008
Affrontements - 2008
Affrontements - 2008
La caudale - 2008
La caudale - 2008
2 souffles en soirée - 2008
2 souffles en soirée - 2008
Lobtailing - 2008
Lobtailing - 2008
Tail breaching - 2008
Tail breaching - 2008
Une baleine expose son ventre blanc - 2008
Une baleine expose son ventre blanc - 2008
Flippering - 2007
Flippering - 2007
Baleineau - 2009
Baleineau - 2009