Des comportements spectaculaires !

 

« Elle est plus folâtre et joyeuse que les autres baleines, écrivait H. Melville (1851), et fait plus d’écume et d’eau blanche que n’importe qu’elle autre ».

 

Les mégaptères sont réputés pour la fréquence avec laquelle ils s’engagent dans des comportements acrobatiques spectaculaires. Les sauts (breaching) sont sans conteste les manifestations les plus impressionnantes. Ils témoignent de la considérable puissance des animaux capables, avec leur seule caudale, de propulser complètement hors de l’eau les tonnes de leur poids. Pour sauter, un mégaptère doit atteindre la surface à une vitesse de 15 nœuds, ce qui représente le maximum de ses possibilités. L’animal retombe en général sur le dos ou sur le flanc, pectorales déployées, dans une grande gerbe d’écume, provoquant un bruit sourd qui se propage loin dans l’océan. Les sauts sont totalement imprévisibles : au sein d’un groupe, ils surviennent plutôt lorsque les animaux se retrouvent ou se séparent. Le saut d’une baleine solitaire peut être celui d’un mâle lorsqu’il arrête de chanter. Sans raison connue, les baleines éprouvent un plaisir certain à bondir dans le vent. Je me souviens avoir suivi longuement une femelle et son « grand » baleineau le long du récif de Punaauia, à l’abri du vent. Les animaux nageaient tranquillement. Dès qu’ils se sont trouvés dans l’alizé, au détour de la pointe de Faa’a, ils se sont mis, tous les deux, à enchaîner des sauts par dizaines, sortant plus ou moins complètement hors de l’eau, profitant de toute évidence des bienfaits que pouvait leur apporter cette brise.

 

Les sauts ne sont pas les seules démonstrations visibles hors de l’eau. Comme bien d’autres cétacés, les mégaptères utilisent leur nageoire caudale pour frapper, souvent plusieurs fois de suite, la surface de l’eau (lobtailing). Ils se servent indifféremment de leur face ventrale, la queue alors bien droite, redressée verticalement au dessus de l’océan, ou de leur face dorsale, en se positionnant sur le dos, le ventre à l’air. Lors de ces mouvements, les animaux ne se déplacent pas, le « moteur » étant utilisé à d’autres fins. Le lobtailing accompagne fréquemment les manœuvres durant la période de reproduction. Se distinguant du lobtailing, le tail breaching est un grand geste extrêmement puissant et violent au cours duquel la baleine soulève brutalement sa queue et gifle la surface de l’océan. Manœuvre éminemment dissuasive, véritable menace, elle est utilisée lors des affrontements, mais aussi pour signifier un agacement à l’égard d’observateurs un peu trop insistants.

 

Le flippering est beaucoup plus poétique ! L’animal se met sur le dos ou sur le flanc, exposant en totalité ou en partie seulement son ventre blanc qui profite ainsi des caresses du vent et des vagues. Levant mollement ses immenses nageoires pectorales, la droite, la gauche, ou les deux en même temps, il frappe avec indolence la surface de l’océan. Le geste est répété plusieurs fois, cela peut durer de longues minutes, chaque mouvement est d’une grande beauté et provoque un claquement sec bien particulier lorsque la nageoire atteint la surface, comme si le but de la manœuvre était justement de provoquer ce bruit.

 

Personne ne peut dire ce que signifient toutes ces manifestations. Les chercheurs se perdent en explications plus ou moins crédibles. Toutefois, mais bien qu’il ne soit certainement pas possible d’exclure une forme de jeux (notamment chez les plus jeunes), ou un moyen de se débarrasser des parasites, ces comportements spectaculaires occupent vraisemblablement une place essentielle dans le système de communication utilisé par les animaux, notamment en raison des bruits qu’ils provoquent et qui se répandent loin dans le monde sous marin. Ils sont une façon d’envoyer des messages forts à l’intention des congénères, même les plus lointains.

 

De la même manière qu’ils ont un malin plaisir à sauter dans le vent, les mégaptères aiment les chatouilles et les gratouilles. Il n’y a pas si longtemps, j’ai pu observer un juvénile nager dans une grande nappe d’algues rugueuses, arrachées aux récifs par quelque tempête. Après l’avoir traversée, il y est retourné, plusieurs fois, se roulant dedans comme un gamin dans le sable. C’était franchement amusant ! Toilettage pour se débarrasser des bouts de peau desquamant, des poux et autres parasites, ou juste recherche de sensations agréables ? Mystère !

 

Dans l’eau, mais visible de la surface, il se passe aussi des choses incroyables !

 

Fin d’après-midi, dans le chenal. Venant de Moorea, deux baleines nagent vers Tahiti. Elles se déplacent rapidement, leurs apnées sont brèves, leurs mouvements parfaitement synchronisés. Je les suis un moment. Il ne se passe rien de spécial. Je les dépasse en accélérant doucement. Elles se glissent dans le sillage du bateau, sans se laisser distancer, deux grosses têtes noires lancées à ma poursuite. Soudainement, une des baleines, la plus grosse (une femelle ?) accélère, elle vient se placer sous le bateau, se met sur le dos, exposant toute la blancheur de son ventre, et nage ainsi à la même vitesse que moi. Je ralentis, elle me distance à peine, fait rapidement demi-tour, s’approche lentement, et vient à nouveau se placer sous le bateau, de la même manière. Je m’arrête, elle aussi. Je suis ébahi. Je discerne nettement les sillons tracés sous sa gorge. La clarté de son ventre, c’est comme un spot qui éclaire une piscine : illumination turquoise dans le bleu profond du reste de l’océan. C’est évidemment magnifique, mais aussi un peu effrayant : un telle masse, juste sous le bateau ! Pas d’inquiétude cependant, ces comportements ne sont jamais menaçants. Elle est rejointe par sa camarade avec laquelle elle finit par s’éloigner, suivant toujours le même cap. Le mien sera différent, le soleil tombe sur l’horizon, il va bientôt faire nuit, je dois rentrer. Une rencontre avec les baleines, aussi banale soit-elle, peut toujours se transformer en évènement.

Le tail breaching est un grand geste extrêmement puissant et violent au cours duquel la baleine soulève brutalement sa queue et gifle la surface de l’océan. Manœuvre éminemment dissuasive, véritable menace, elle est utilisée lors des affrontements, mais aussi pour signifier un agacement à l’égard d’observateurs un peu trop insistants.

Comme bien d’autres cétacés, les mégaptères utilisent leur nageoire caudale pour frapper, souvent plusieurs fois de suite, la surface de l’eau (lobtailing). Ils se servent indifféremment de leur face ventrale, la queue alors bien droite, redressée verticalement au dessus de l’océan, ou de leur face dorsale, en se positionnant sur le dos, le ventre à l’air. Lors de ces mouvements, les animaux ne se déplacent pas, le « moteur » étant utilisé à d’autres fins. Le lobtailing accompagne fréquemment les manœuvres durant la période de reproduction.

Le flippering est beaucoup plus poétique ! L’animal se met sur le dos ou sur le flanc, exposant en totalité ou en partie seulement son ventre blanc qui profite ainsi des caresses du vent et des vagues. Levant mollement ses immenses nageoires pectorales, la droite, la gauche, ou les deux en même temps, il frappe avec indolence la surface de l’océan. Le geste est répété plusieurs fois, cela peut durer de longues minutes, chaque mouvement est d’une grande beauté et provoque un claquement sec bien particulier lorsque la nageoire atteint la surface, comme si le but de la manœuvre était justement de provoquer ce bruit.

Mis à jour:  10 juillet 2016

 

Baleine et baleineau - Moorea - 6/09/2011
Baleine et baleineau - Moorea - 6/09/2011
Sweet Mama à Moorea
Vidéo: 3 minutes de pur bonheur avec la maman et son baleineau
Baleines, web.m4v.mp4
Fichier Audio/Vidéo MP4 20.4 MB

Le site "A Tahiti, dans le sillage des baleines" présente, en dehors de tout caractère scientifique ou commercial, mes observations et mes photos de baleines ainsi que toute une série d'informations sur le mégaptère. 


Depuis plus de 10 ans, armé de mes appareils photos, je guette et j'observe avec une passion jamais démentie ces animaux qui, de juillet à novembre, occupent les eaux polynésiennes pour s'y reproduire et mettre bas. La Polynésie occupe en effet une place essentielle dans le cycle biologique de l'une des populations mondiales des baleines à bosse (voir "Histoire et Géographie").


Ce site est , depuis 2002, un témoin de l'aventure des baleines à bosse (les mégaptères) dans les eaux proches de Tahiti, Moorea et Tetiaroa.

 
Les baleines sont devenues le symbole du combat de l'homme contre sa propre nuisance. Le nombre grandissant des baleines sur l'ensemble du globe montre qu'une prise de conscience collective permet d'inverser le dispositif destructeur que nous sommes capables d'engager.


Les mégaptères ne connaissent pas d'autres ennemis que nous-mêmes, elles font partie des animaux les plus vieux de la planète, elles portent en elles la mémoire du monde... Puissent ces pages sensibiliser chacun au respect des baleines et à la protection de notre environnement.

Pierre Follin 


Sortie du livre "TOHORA"
Sortie du livre "TOHORA"

"TOHORA", le livre qui raconte le parcours des baleines à bosse dans les eaux polynésiennes. Textes et photos sont à dévorer. En vente dans les librairies de Tahiti.

 

Parade en soirée - 2008
Parade en soirée - 2008
Le rostre - 2008
Le rostre - 2008
Affrontements - 2008
Affrontements - 2008
La caudale - 2008
La caudale - 2008
2 souffles en soirée - 2008
2 souffles en soirée - 2008
Lobtailing - 2008
Lobtailing - 2008
Tail breaching - 2008
Tail breaching - 2008
Une baleine expose son ventre blanc - 2008
Une baleine expose son ventre blanc - 2008
Flippering - 2007
Flippering - 2007
Baleineau - 2009
Baleineau - 2009